La conjuration des imbéciles

Date : Vendredi 02 novembre 2007 @ 18:49:52 :: Sujet : Destins particuliers

En 1969, John Kennedy Toole écrit un roman, La Conjuration des imbéciles. Le titre s’inspire d’une phrase de Jonathan Swift: « Quand un génie véritable apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. » Swift ne croyait pas si bien dire. Après avoir vainement cherché un éditeur, à trente-deux ans, écœuré et las, Toole choisit de se suicider.

Sa mère découvre le corps de son fils, son manuscrit à ses pieds. Elle le lit, et estime injuste que son fils ne soit pas reconnu. Elle se rend chez un éditeur et assiège son bureau. Elle en bloque l’entrée de son corps obèse, mangeant sandwich sur sandwich et obligeant l’éditeur à l’enjamber péniblement chaque fois qu’il gagne ou quitte son lieu de travail. Il est convaincu que ce manège ne durera pas longtemps mais Mme Toole tient bon, Face à tant d’opiniâtreté, l’éditeur cède et consent à lire le manuscrit tout en avertissant que, s’il le juge mauvais, il ne le publiera pas. Il le lit. Trouve le texte excellent. Le publie. Et La Conjuration des imbéciles remporte le prix Pulitzer.

L’histoire ne s’arrête pas là. Un an plus tard, l’éditeur publie un nouveau roman signé John Kennedy Toole, La Bible de néon, d’où sera d’ailleurs tiré un film. Un troisième roman paraît encore l’année suivante.

Je me suis demandé comment un homme mort de contrariété parce qu’il ne parvenait pas à faire publier son unique roman pouvait continuer à produire par-delà la tombe. En fait, l’éditeur se reprochait tellement de ne pas avoir découvert John Kennedy Toole de son vivant qu’il avait fait main basse sur les tiroirs de son bureau et publiait tout ce qu’il y trouvait, nouvelles et même rédactions scolaires.



Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu
ESRA Tome 4 [L'empire des anges]
Bernard Werber





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